« L'ère de la vie privée [pourrait même n'avoir] été qu'une parenthèse dans l'histoire de l'humanité. [...] Une anomalie passagère qui pourrait bientôt se résorber. » Yves Eudes, Le Monde, 9 juin 2010.
Dans un article intitulé "Internet et la vie privée, le combat des opaques contre les transparents", le journaliste Yves Eudes oppose deux conceptions de la vie privée,
- l'une prônant l'opacité (défendues par les "hackers libertaires, associations de protection des "droits numériques" et organisations de la gauche classique", qui"veulent obliger l'Etat et les entreprises à respecter la vie privée des citoyens sur les réseaux"),
- l'autre arguant en faveur de la transparence (ce qui serait la position des "conservateurs, à la police, à la justice, aux agences marketing, [aux] "Net Natives" (les "indigènes du Net") [...] qui prôn[ent] l'insouciance délibérée et le grand saut dans l'inconnu").
Le discours de ces derniers serait le suivant : "Internet va instaurer l'ère de la Vérité. Ce sera un monde exigeant, car, faute d'endroit où se cacher, chacun devra trouver la force d'imposer sa différence."
Selon ce même journaliste, "L'existence d'une "vie privée" à l'abri des regards de la communauté est surtout apparue avec l'explosion incontrôlée des métropoles industrielles".
A juste titre, Yves Eudes rappelle également que "Dans ces mêmes villes occidentales, des millions de gens souffrent de solitude et d'isolement. Jeunes ou vieux, ceux-là n'ont pas envie de préserver leur vie privée, car ils n'en ont pas."
La volonté de protection et de préservation de la vie privée n'est-elle par conséquent qu'une "anomalie" dans l'histoire, sorte de transition entre un monde de communautés solidaires (a-t-il existé?) et un monde de "vérité" (et de marketing ciblé)?
Entre ces deux extrêmes, ne peut-on pas simplement s'effrayer de la paradoxale solitude de ces internautes peu favorables à une relative opacité, et de leur absence de mesure et de sens des responsabilités quant aux informations diffusées et relayées ?
Peu convaincue par l'argument selon lequel, grossièrement, ne chercherait à protéger sa vie privée que celui qui en a effectivement une, il me semble en effet inquiétant que beaucoup lui reconnaissent si peu de valeur, sinon d'intérêt.
Sources : RIP vie privée?, Regards sur le Numérique, 9 juin 2010 + "Internet et la vie privée, le combat des opaques contre les transparents", Yves Eudes, Le Monde, 9 juin 2010
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire