mercredi 2 juin 2010

Quel avenir pour Facebook? Un réseau social en quête d'identité

Avec 20Minutes, on pouvait se demander "A quoi sert Facebook maintenant".
Pas mal d'articles sur le sujet, avec le QuitFacebookDay, relaient cette interrogation.
Tant du point de vue du modèle économique (I) que des scandales relatifs à ce réseau social depuis 2008 (II), les questions de l'utilité et de la pérennité de se réseau se posent en effet particulièrement cette semaine.

I/ Quelle utilité ? Quel modèle économique?

Outre l'évolution du contenu du réseau social de Mark Zuckerberg (d'abord chargé d'une multitude d'applications de moins en moins utilisées et pour la plupart passées de mode, ensuite victime de son succès par des "tags" de photos mises en ligne de moins en moins plébiscitées au nom du respect de la vie privée des inscrits, enfin sujet à la création de doubles profils, professionnels et personnels), le modèle économique lui-même est sujet à discussions.

Twitter suffit aujourd'hui pour tenir informés ses "amis" de son actualité ; seuls les "évènements" organisés via des pages dédiées sur Facebook, ainsi que sa messagerie instantanée, semblent présenter un intérêt.

En ce sens, Facebook sert avant tout à communiquer.

Les Echos reviennent aujourd'hui sur la recherche d'identité de Facebook. Lancé en 2004 sans moyen, il réalise plus d'un milliard de dollars de chiffre d'affaires cette année et recense 1200 employés. Son objectif affiché, différent de celui de Google, est fondé sur un idéal de partage.
Or comme le souligne très bien Philippe Escande, pour Mark Zuckerberg, "le monde sera meilleur si le maximum de gens partage le maximum de choses. Mais pour cela ils doivent se connaître, car le partage ne peut s'épanouir que dans la confiance et la confiance dans l'identité. C'est paradoxalement pour échapper à l'anonymat et à l'ouverture du Web que sont nés les réseaux sociaux. Donc plutôt dans une logique de fermeture."

Le problème est que la rentabilité de cette incroyable base de données de membres ayant assez largement renoncé à son anonymat, sans passer par une publicité intrusive, repose sur un ciblage particulièrement efficace. Mais cela ne suffit pas, et nécessite un enrichissement de l'offre destinée aux annonceurs (d'où des changements de règles de protection des données relativement fréquents).
La dernière innovation de Facebook consiste en un logo "j'aime" figurant sur n'importe quel site à la demande de ce dernier (gratuitement!) et susceptible d'être intégré au profil de l'utilisateur inscrit qui souhaiterait faire partager ses découvertes sur la toile. Cette innovation a de quoi effrayer Google, à juste titre : quelle entreprise ne rêverait pas de bénéficier de publicités gratuites effectuées par les consommateurs eux-mêmes, et par la même occasion, de connaître très précisément les goûts et comportements des visiteurs de son site et potentiels clients relayant des informations sur ses produits et services?

Les doutes quant à la pérennité de Facebook sont cependant permis à plusieurs égards.
D'une part, après la chute de Myspace, il pourrait tout simplement passer de mode, notamment au regard du développement de Twitter ; soulignons cependant que Myspace n'a pas encore trouvé de véritable alternative, et que Twitter peine à se présenter comme une alternative "complète" de Facebook.
D'autre part, le réseau social doit encore "nettoyer" sa réputation, après plusieurs scandales en sa défaveur.


II/ Une réputation entachée?

Parmi les plus grands scandales de Facebook, on retiendra quelques affaires liées aux applications qui y sont disponibles, qu'elles concernent la sécurité du réseau (captation des données bancaires par Inj3ctor, mise en vente d'un million cinq de comptes Facebook par le hacker Kirllos en vue d'une escroquerie, virus véhiculé par la vidéo de la fille au bikini rose, par exemple) ou l'intrusion publicitaire (affaire Facebook Connect, entre autres).

Mais la problématique constante de Facebook est évidemment celle de la protection des données personnelles : autorisation d'envoi d’informations personnelles à des annonceurs sans le consentement des utilisateurs (affaire DoubleClick), récupération de la géolocalisation des internautes via un logiciel (affaire Yelp)....

Certaines attaques symboliques ont pu être menées pour dénoncer la faiblesse de cette protection, comme le piratage du compte Facebook d'un investisseur de Facebook (affaire Jim Breyer), ou celui de 300 "groupes" renommés "Control your info". Plus récemment, revenons sur l'initiative "QuitFacebookDay".

La prise de conscience de l'importance de cette problématique est croissante, en particulier grâce à la plus grande médiatisation de cas d'espèce (licenciement de salariés suite à des propos relatifs à leur employeur tenus sur Facebook, par exemple).

Les concurrents de Facebook s'empressent par conséquent de mettre en avant la garantie d'un haut niveau de contrôle des paramètres de vie privée... satisfaire les utilisateurs ou les annonceurs, ou plus justement choisir lesquels privilégier à court et moyen terme, tel semble le débat.


Il n'en reste pas moins que l'addiction indéniable suscitée par ce réseau social aux centaines de millions d'inscrits, renforcée par des éléments générationnels et de mimétisme forts, voire de pression sociale, et plus prosaïquement par son avance historique à bien des égards, œuvrent peu en faveur de la thèse du déclin de Facebook.

Voir aussi les recherches de Bruce Nussbaum publiées dans la Business Review de l’université de Harvard.

Sources : 20Minutes du 1er juin 2010 par Capucine Cousin + Les Echos du 2 juin 2010 par Philippe Escande + Les 12 plus grands scandales de Facebook sur extremepc.fr par Johann Mise + Combien de temps durera Facebook? sur minutebuzz.com par Christelle Arquié

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